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Herman Cohen, apôtre de l'eucharistie

Alors que j'étais avec les jeunes de mon groupe d'aumônerie, me voilà soudain pris au dépourvu et devant rendre compte à ces jeunes du mystère de l'Eucharistie. Grand fut mon étonnement de constater que ce mystère, pourtant vécu de façon si régulière dans la vie d'un séminariste, puisse à ce point m'échapper. C'est effectivement une expérience déconcertante que de réaliser à quel point les mots peuvent nous manquer pour exprimer ce qui se vit dans ce magnifique échange de la Messe. En cette année sacerdotale, j'aimerais m'arrêter quelques instants pour contempler avec vous, à la lumière de la vie d'Hermann Cohen
Herman Cohen, en religion le Père Augustin-Marie du Très Saint Sacrement c.d., est un Juif du XIXe siècle né en Allemagne, pianiste brillant et adulé, élève du célèbre Liszt, vedette de la bourgeoisie dans chaque ville européenne où il se produisait. Il mena une vie de plaisirs mondains et de désordres avant d'être converti brusquement par celui qu'il appelle le « Dieu de l'Eucharistie » un jour de mai 1847 en l'église sainte Valère à Paris.
« Le Saint Sacrement était exposé et dès que je le vis, je fus entraîné vers la balustrade de communion et je tombai à genoux. Je m'inclinai [...] sans effort au moment de la bénédiction et, me relevant, je sentis un apaisement très doux dans tout mon être ». Il écrivit les lignes suivantes en souvenir de sa première communion, si ardemment désirée : « Enfin, admis à ce banquet des cieux, j'y puisai une force inconnue [...]. Cette Chair divine me transforma en un homme nouveau ; ce talisman me préserva des assauts d'un monde tentateur ; ce trésor me détacha de tout ce qui autrefois me subjuguait en maître. Une soif toujours plus brûlante me poussait à cette source d'eau vive ; je me sentais dévoré, pour ce froment des élus, d'une faim de famélique ».
Devenu carme déchaussé (il sera à l'origine du retour des carmes déchaussés en France et en Angleterre), puis ordonné prêtre, il fit le vœu de parler de l'Eucharistie dans chacun de ses sermons. Apôtre zélé de l'adoration nocturne, il sera l'instigateur de sa mise en place dans de nombreuses villes de France. Un certain M. Martin, père de la future sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la sainte Face, fera partie à Alençon de ces hommes pieux qui donnaient de leur temps et de leur nuit pour venir adorer Jésus réellement présent dans l'hostie consacrée. La figure d'Hermann Cohen mérite d'autant plus d'être connue qu'il est contemporain du saint curé d'Ars, que notre pape Benoît XVI a donné comme modèle pour les prêtres dans sa lettre d'ouverture de l'année sacerdotale. Ceux-ci se sont rencontrés environ cinq fois. Alors qu'à Ars, le Père Augustin-Marie du Très Saint Sacrement, de passage, allait prononcer quelques mots après le sermon de l'abbé Jean-Marie Vianney, ce dernier, non sans humour mais avec une humilité certaine, raconta à ses paroissiens l'histoire de ce saint qui avait demandé la grâce d'entendre chanter la sainte Vierge. Entendant alors une belle dame chanter, il était dans l'extase et le ravissement. Mais cette belle dame lui révéla qu'elle n'était que sainte Catherine et que la sainte Vierge allait maintenant chanter. Ce qu'elle fit, et cela était si beau que le saint s'évanouit, noyé dans le beaume de l'amour. Et il finit en déclarant devant ses paroissiens qu'après avoir entendu sainte Catherine ils allaient entendre la sainte Vierge Marie !
Après avoir médité sur les égarements de sa vie passée, le Père Augustin-Marie du Très Saint Sacrement nous livre, en parlant de la grâce de sa conversion, ces magnifiques paroles :
« Tu renaîtras de tes cendres comme le phénix ; une flamme virginale s'élèvera de toi ; comme à l'aigle, il te renaitra avec des ailes une jeunesse primitive, et de ces ailes tu t'envoleras jusque dans les sphères inexplorées, et tu t'élèveras à travers les nuées de la foi, et tu les perceras, tu monteras dans une région éthérée, dans un monde surnaturel. »
Puissions-nous nous aussi parvenir à ces hauteurs célestes, en nous conformant en toute chose à la volonté du Père dans la sainteté et à l'aide de l'Eucharistie, actualisation du mystère pascal, source et sommet de la vie chrétienne, « seule action de grâces digne de Dieu » en ce sens qu'elle seule permet de rendre à Dieu plus que l'on a recu. Puissions-nous être renouvellés dans notre amour de la sainte Messe pour recevoir de Jésus-Christ la force d'être des témoins audacieux de son Évangile de paix. Enfin puissent nos paroisses, raffermies au soleil de Jésus-Eucharistie, trouver les moyens qui permettront de rejoindre ces foules qui errent dans les ténèbres du doute et du désespoir car privées de la lumière du seul Sauveur. Car de fait la contemplation silencieuse qu'Hermann Cohen vivait ne le renfermait pas sur lui-même, mais elle était au contraire la source à laquelle il puisait avant d'aller répandre ce feu débordant auprès des âmes au cours de ses nombreuses courses apostoliques où les miracles et les conversions abondèrent. Un témoin occulaire nous rapporte que « pour la foule émerveillée, c'était plutôt les traits d'un ange que ceux d'un simple mortel. La pâleur des ses traits, l'humilité de toute sa personne, son costume sévère, inspiraient à l'âme un vif sentiment d'admiration pour le religieux qui, malgré l'indignité de son passé, accomplissait de si grandes choses ».

Stanislas Briard, séminariste de Coutances et Avranches, 1ère année

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