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Témoigner de Dieu au coeur du monde

Il y a quelques jours, une nombreuse assistance a assisté à Caen à la conférence de Joseph Fadel. Issu d'une grande famille chiite d'Irak, ce descendant de Mahomet a relaté l'itinéraire qui l'a conduit de l'Islam à la foi Catholique. Certains ont pu être choqués par la radicalité de ses propos qui tranchaient avec les discours plus mesurés de beaucoup de responsables d'Eglise, soucieux de permettre un dialogue entre les religions. Ce témoin a dit avec force combien la foi chrétienne était victime dans son pays, en Irak, de l'intransigeance de l'Islam qui s'oppose souvent avec violence à la foi chrétienne, aux communautés chrétiennes. Il nous a décrit son long parcours vers le baptême qui a duré de nombreuses années.

Mais au-delà de tout ce qu'il a pu dire de ses difficultés, de la persécution violente, des souffrances morales et physiques des chrétiens de son pays, ce que je retiens, c'est son amour passionné pour Jésus. Il a été réellement saisi par l'amour du Christ et n'a voulu vivre que pour Lui. Pour Lui, il a pris le risque de perdre son épouse. Pour Lui, il a accepté de renoncer à sa famille, à ses parents, ses frères et sœurs, il a accepté de quitter son pays, ses racines. Rien ne lui était plus important que Jésus et son appel à Le suivre.
Comment ne pas être interpellé par un tel amour et une telle fidélité ?.... Dans nos pays où la foi chrétienne jouit (encore) d'une relative liberté, l'exemple de ces hommes et de ces femmes si nombreux à mettre le Christ à la première place, à Le choisir, au risque de perdre tout le reste vient nous bousculer. Qu'acceptons-nous de perdre par amour du Seigneur ? Sommes-nous capables de sacrifier notre tranquilité, notre confort pour Lui être fidèle?
Ce matin, j'entendais sur une radio nationale un journaliste prôner la mise en place radicale d'un laïcisme total en France pour faire suite aux différentes condamantions du voile islamique, l'exlusion de toute intervention de la religion, quelle qu'elle soit dans l'espace public, y compris dans le calendrier civil... Devant de tel projet, il est important de garder la tête froide. Cela ne peut que nous inviter à réfléchir sur notre identité chrétienne, sur notre place dans la société contemporaine. Ne plus être «dominant», ne plus maîtriser la vie publique n'entraîne pas pour autant notre disparition. Nous avons reçu un trésor qu'il nous faut avoir l'audace de proposer au monde. Nous avons rencontré Celui qui donne sens à la vie et l'ouvre à l'éternité. Comment nous taire? Comment ne pas témoigner par une vie humble et la plus authentique possible?


Je voudrais faire mention de l'Epître à Diognète qui, au IIe siècle de notre ère, demandait aux chrétiens d'être l'âme du monde, de lui insuffler une présence divine en vivant leur foi en vérité. «Les chrétiens obéissent aux lois humaines, mais leur manière de vivre est plus parfaite que ces lois. Ils aiment tout le monde, mais tous les font souffrir durement. On ne les connaît pas, et pourtant on les condamne. On leur donne la mort, et par-là ils gagnent la vie. Ils sont pauvres, mais font beaucoup de riches. Ils ont l'air de manquer de tout, et ils ont trop de choses. On les compte pour rien et dans ce mépris ils mettent leur gloire. On dit sur eux des mensonges, et Dieu les rend justes. On les insulte, mais eux, ils souhaitent du bien aux autres. On leur lance des paroles méchantes, mais eux traitent tout le monde avec honneur. Ils se conduisent bien, et pourtant on les punit comme des bandits. [...] En un mot, les chrétiens sont dans le monde comme l'âme est dans le corps. L'âme est répandue dans tout le corps, ainsi les chrétiens sont dans tous les pays du monde. [...] L'âme aime ce corps qui la déteste. Elle aime aussi ses membres. De même les chrétiens aiment ceux qui les détestent. Le corps enferme l'âme en lui. Pourtant c'est l'âme qui soutient le corps. De la même façon, le monde enferme les chrétiens comme dans une prison. Pourtant ce sont les chrétiens qui soutiennent le monde. L'âme ne meurt pas, mais elle habite dans le corps qui meurt. De la même façon les chrétiens habitent dans un monde qui finira. Mais ils attendent la vie avec Dieu qui ne finira pas. Si tu acceptes de souffrir en mangeant et en buvant peu, tu deviens plus fort. De la même façon, quand on fait souffrir durement les chrétiens, ils deviennent chaque jour plus nombreux. Dans le monde, Dieu les a placés à un poste très élevé. Ils n'ont pas le droit de l'abandonner.»


Que ce temps de Noël qui donne la paix aux hommes de bonne volonté renouvelle en nous le désir d'apporter la Paix de Dieu à tous les hommes, de vivre notre foi et d'en témoigner sans crainte. Que nous posions sur notre monde le regard d'amour que Dieu pose sur lui. L'amour ne passera jamais !

Père Nicolas Courtois, membre du Conseil

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