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Bayeux-Lisieux et Séez au Québec… respectivement François Lecrux, séminariste, et Pierre-Yves Emile, prêtre !
Avec le père Pierre-Yves Emile, nous sommes partis le 27 juin, date de son premier anniversaire d’ordination. Ce voyage s’est construit providentiellement puisqu’au départ je comptais me limiter à rendre visite à mon frère et ma belle-sœur installés sur Montréal et heureux parents depuis mars. Mais auparavant, j’avais eu la joie de faire la connaissance du Père Paul-André Cournoyer lors d’une retraite chez les fraternités monastiques de Jérusalem au Mont-Saint-Michel. Paul-André est prêtre pour le diocèse de Nicolet, près de Trois-Rivières, et habite Drumondville, à une heure de route au Nord Ouest de Montréal. Nous avons gardé contact depuis son passage au Mont. Quant à Pierre Yves, il disposait sur place de connaissances, chez la famille Myriam Bethleem, qui a des communautés un peu partout au Québec.
Par le père Paul-André et les familles Myriam, nous avons pu entrer en relation avec de très nombreuses personnes. La première semaine, ce furent d’abord des communautés monastiques et des communautés nouvelles : sur Sherbrooke et dans les alentours, l’abbaye Saint-Benoît du Lac (qui entretient des contacts avec St Wandrille-Rançon), la communauté des clarisses, mais aussi ‘Marie Jeunesse’, qui vient de connaître l’ordination de ses premiers prêtres. Sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent, au-delà de Sorel, l’abbaye trappiste de Val Notre-Dame,fraîchement établie dans ses nouveaux locaux tout en bois et verre, avec mention écolo-habitat garantie ! Enfin les petits sœurs de Bethléem, avec leur vie de retrait et d’ascèse : leur liturgie inspirée de la liturgie catholique orientale nous fait toujours entrer plus avant dans la prière... Cette première semaine, ce furent aussi Montréal et les fraternités monastiques de Jérusalem du plateau Mont Royal, l’Oratoire Saint-Joseph et le fraîchement canonisé frère André, qui attire 1,5 millions de pèlerins par an ! Avec Pierre-Yves, nous prenions également le temps de partager de beaux moments d’amitié, avec mon frère, ma belle-sœur et mon neveu, sans manquer, entre deux repas barbecue, d’arpenter les alentours de Mile end avec son quartier juif (difficile de le rater, surtout avec les familles ultra orthodoxes) ou le quartier italien qui célébrait à grand bruit la fête de Saint Marziale.
Après un détour par la future paroisse de Paul André, la cathédrale de Trois Rivières et le sanctuaire Notre-Dame du Cap, nous entamons notre deuxième semaine d’abord à Québec, hébergé par une communauté de la famille Myriam Providence, avec laquelle nous partageons les offices et les repas. Petite sœur Mireille nous explique la
naissance de cette famille. Cette communauté nouvelle née dans la mouvance du renouveau charismatique, a été fondée par Sœur Jeanne Bizier en 1978, et elle est toute dédiée au service du prochain dans la simplicité et l’humilité. Aux alentours de Québec, nous visitons le sanctuaire Sainte-Anne de Beaupré et les chutes de Montmorency, et nous arrêtons dans le vieux Québec pour nous faire halte chez les Ursulines, où nous avons la grâce d’être spécialement reçus par sœur Thérèse d’Alençon (véridique !). Elle nous fait largement découvrir la beauté de la personne de Marie de l’Incarnation, fondatrice du monastère et de la première école du Québec. Et surtout, nous avons le privilège d’accéder à la chapelle des martyrs du Québec : modeste pièce qui rayonne puissamment de la ferveur des fondateurs : Saint Jean de Brébeuf et Isaac Jogues, Mgr François de Laval, premier évêque du Québec, et la confrérie du Sacré-Cœur, héritière de Saint Jean Eudes. Avant de rejoindre les petites sœurs servantes de la Famille Myriam, nous faisons un détour par l’île d’Orléans (sur le Saint-Laurent) où réside un superbe foyer de Charité tenu par le père Germain Grenon.
Nous terminons notre périple beaucoup plus au Nord, à Lac-au-Saumon, où nous rejoignons la communauté Myriam de la Vallée dans son écrin de verdure. Nous tombons sur une retraite spéciale couples, ce qui nous permet encore, après un temps de question réponses avec un frère, de partager repas et temps conviviaux avec ces couples de québécois venus se ressourcer. C’est l’occasion pour Pierre-Yves d’introduire la prière du soir par un témoignage providentiel sur la figure des bienheureux Louis et Zélie Martin.
Le dernier jour, nous avalons presque d’une traite les 660 km qui nous séparent alors de Montréal.
Ce que je retiens de ces rencontres, c’est d’abord la simplicité du contact avec les québécois, à la fois francs, joviaux et avenants, à l’humour facile. Cette personnalité est commune aux chrétiens et aux non chrétiens de Nouvelle France. Le Québec connaît aujourd’hui une sécularisation sans précédent, après un rejet massif de ce qui est apparu comme une trop grande intrication entre le religieux et le politique, le dogmatisme et l’éducation. Le matérialisme est particulièrement palpable, et l’on comprend bien l’enjeu majeur qu’est la sauvegarde sans concession de la langue française, ainsi que la nécessité pour les québécois de ne pas oublier ou renier leur histoire si particulière qui fait la richesse de leur culture. « Je me souviens » peut-on lire sur toutes les plaques d’immatriculation des véhicules : c’est bien là l’enjeu majeur aujourd’hui. Il s’agit pour une Eglise diocésaine devenue silencieuse, voire muette pendant de longue année, de rejoindre ses contemporains sécularisés. Car dans ce contexte matérialiste, individualiste et laïcisé parfois à outrance, il existe des forces vives, notamment au sein de communautés chrétiennes nouvelles, où ministres ordonnés, consacré(e)s et laïcs laissent paraître leur foi et leur identité sans complexe. Ils partagent gratuitement et généreusement leur joie de croire, avec humour et convivialité. Ils sont les vecteurs d’une nouvelle évangélisation cachée et embryonnaire.
Si rien n’a disparu de ce qu’ont semé les saints et bienheureux fondateurs du Québec, il s’agit maintenant de redonner le désir d’inviter Dieu dans cette vie matériellement confortable, là où une majorité de québécois Le jugent aujourd’hui inutile et encombrant. La tache est possible, nécessairement par la prière, et certainement avec un peu d’humour…
François, séminariste, diocèse de Bayeux et Lisieux.
