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Le défi que nous lançons à la politique

1905. À la manière d’un « 1515 – Marignan! », cette date est encrée dans la mémoire collective du peuple français, et enfièvre encore l’imaginaire souvent fécond voir parfois paranoïaque de la bienpensante bourgeoisie catholique. 30 000 moines exilés avant 1904, fermeture des écoles catholiques, discriminations au sein de l’armée… Mais une mémoire trop sélective relève plus de l’imaginaire que de l’Histoire. Si l’on raconte l’histoire, c’est toute l’histoire qu’il faut raconter. Les 25 000 prêtres et séminaristes mobilisés en 1914, et 9 000 religieux revenus d’exil pour mélanger leur sang à celui de leurs compatriotes anticléricaux n’ont pas laissé indifférente l’opinion publique. C’est dans les tranchées – en partie, seulement, mais pour grossir le trait et par là le rendre plus compréhensible – que le laïcisme est devenu laïcité. Une même lettre pouvait dorénavant être animée par un esprit différent et évoluant au fil des années. C’est en partie dans la tranchée que les français ont découvert qu’ils pouvaient malgré tout être frères, selon certains parce qu’ils avaient un même Père de Bonté, selon les autres parce qu’ils avaient une même Mère Patrie.

Naissant comme paroxysme d’une logique anticléricale, la loi de séparation des Églises et de l’État, justement parce qu’elle sépare, permet de mettre fin à l’opposition existant depuis la Révolution. Bien sûr cela ne s’est pas fait en un jour, et rien n’est à considérer comme définitivement acquis. Mais il est permis de constater que ce texte, fait à l’origine pour marginaliser l’Église, permet aujourd’hui à celle-ci d’être une actrice à part entière dans la vie de la société française. Et qui sait si ce n’est pas ce même texte qui, dans quelques années, la protégera ?

C’est notre connaissance de cette histoire et de ces questions que l’Université d’Automne du CETh nous a permis d’élargir et d’approfondir.

Les différents intervenants nous ont bien montré que la nécessaire séparation à la française ne prohibe pas, en principe, l’action de l’Église. Au contraire, l’État est en droit d’attendre de l’Église, et il l’attend nous l’avons entendu à plusieurs reprises, qu’elle fasse son travail, qu’elle rende gloire à Dieu par son culte et qu’elle serve le bien commun.

C’est ce que voyait bien déjà le Cardinal Daniélou dans son livre exceptionnellement lucide L’oraison problème politique :

« Le défi que nous lançons à la politique, ce défi lancé aux cités d’aujourd’hui quand nous leur disons : il est vital pour vous que les conditions de l’oraison soient maintenues, constitue aussi un défi que les cités peuvent lancer aux Églises. Autrement dit, les Églises justifient leur existence quand elles remplissent leur fonction. Si la fonction des Églises est de rendre possible l’oraison, les Églises ne se justifient que quand elles réalisent effectivement l’oraison. Des Églises qui resteraient des résidus sociologiques de sociétés sacrales où des gestes mécaniques continueraient d’être exercés ; des Églises qui refuseraient d’affronter les conditions concrètes de la civilisation ; des Églises à l’intérieur desquelles les conditions sociologiques d’existence ne correspondraient pas à une assomption personnelle, et à l’intérieur desquelles la religion ne serait pas ce fait personnel d’une vie intérieure authentique portant témoignage, ces Églises pourraient être considérées par les États comme du bois mort et être légitimement liquidées » (L’Oraison problème politique, Jean Daniélou, Le Signe, Paris 1965, p.42).

Reste que la réalité sociale de notre pays, loin d’être statique, est en pleins chamboulements, et que le défi est bien présent de proposer une réflexion sur la laïcité à la française en relation à l’islamisation progressive de notre territoire. Dans ce domaine, tout reste à faire. Et il faut le faire, sinon d’autres le feront pour nous. Ces « autres » aussi nous mèneront-ils là où nous ne voulons pas aller? (cf. Jn 21, 18).

 

Etienne Clerval,

séminariste du diocèse de Bayeux et Lisieux, 1ère année de théologie.

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