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Je serai demain parmi vous
Aujourd’hui, notre marche vers la Nativité prend un relief particulier puisque nous commençons l’ultime semaine préparatoire à Noël, semaine qui commence ce 17 décembre. Plus que jamais, dans ce temps de l’Avent, nous sommes invités à porter notre regard tant sur le moment décisif de la Nativité qui inaugure notre salut que sur le retour glorieux du Seigneur à la fin des temps qui déploiera définitivement ce salut. La méditation sur le mystère de la Nativité est portée par les Évangiles qui nous donnent à relire les derniers évènements qui précèdent immédiatement l’Incarnation et qui en dévoilent le sens. Quant à la méditation sur le retour du Seigneur, ce sont les grandes antiennes de la semaine qui la soutiennent : ce sont les antiennes «Ô», parce qu’elles commencent toutes par l’interjection «ô». Elles sont chantées aux Vêpres mais elles sont aussi présentes dans le verset de l’alléluia de l’évangile du jour. Ces antiennes des Vêpres sont un trésor de la liturgie latine : elles appartiennent aux sources de notre liturgie puisqu’on les retrouve déjà dans des manuscrits du VIe s.. Pour le spécialiste de la liturgie qu’est dom Guéranger, elles contiennent en elles «toute la moelle de la liturgie de l'Avent».
Chaque jour nous assistons comme à un duo entre les Antiennes « Ô » et les évangiles proclamés pendant les messes. Ce duo nous maintient dans cette tension entre l’avènement du Messie lors de son Incarnation et son retour glorieux à la fin des temps. Les évangiles placent jour après jour les derniers éléments de l’Incarnation. Le premier de ces évangiles est le texte de la généalogie de Jésus, rapporté dans l’évangile selon St Matthieu (1, 1–17). Cet évangiles situent Jésus dans l’histoire de l’humanité en la plaçant dans la descendance d’une famille, celle d’Abraham. Il lui donne un enracinement dans notre histoire : «Matthieu suit l’ordre des naissances humaines de façon à conduire la suite des générations jusqu’à Joseph, à qui la Mère du Seigneur était promise en mariage» (Saint Léon le Grand). Cet évangile sera à nouveau proclamé solennellement durant les Vigiles de la Nativité. Situant le Verbe dans l’histoire des hommes, dans la descendance d’Abraham, Matthieu souligne qu’il est bien celui qui accomplit la promesse faite par Jacob. Il est « Celui qui devait venir ». Les jours suivants, nous lirons les annonces à Zacharie (Lc 1, 5-25) et à Marie (Lc 1, 26-38). Nous relirons ensuite l’épisode de la Visitation (Lc 1, 39-56) pour finir par le récit de la nativité de Jean le Précurseur (Lc 1, 57–66).
Parallèlement à ces récits qui nous disent le contexte « historique » de la Nativité, les Antiennes des Vêpres nous donnent le sens théologique de cet évènement. En voici le texte :
17 décembre : « Ô Sagesse, sortie de la bouche de Dieu ; Tu gouverne(s) avec force et douceur l’univers que sa main a créé. Viens nous montrer le chemin de la vie. Viens, Seigneur, viens nous sauver. » (O Spientia, quæ ex ore Altissimi prodisti, attingens a fine usque ad finem, fortiter suaviter disponensque omnia: veni ad docendum nos viam prudentiæ »
18 décembre : « Ô Adonaï, Seigneur Dieu Berger de ton peuple Israël, À Moïse tu es apparu
pour qu’il sauve tes fils opprimés. Viens accomplir de nouvelles merveilles. Viens, Seigneur, viens nous sauver. »
19 décembre : « Ô Rameau de Jessé, vainqueur sur le bois d’infamie, Devant toi se taisent les puissants mais les humbles bénissent ton nom. Viens déployer ta victoire en nos vies. Viens, Seigneur, viens nous sauver. »
20 décembre : « Ô clé de David confiée pour toujours à sa main, Quand tu fermes nul ne peut ouvrir quand tu ouvres nul ne peut fermer. Viens pour ouvrir aux captifs leur prison. Viens, Seigneur, viens nous sauver. »
21 décembre : « Ô Soleil de justice, qui monte joyeux à l’orient, Les ténèbres s’enfuient devant toi et ton jour est un jour sans déclin. Viens repousser les ombres de la mort. Viens, Seigneur, viens nous sauver. »
22 décembre : « Ô Roi des nations, Vers toi est tourné leur désir. Tous les peuple(s) auront part à l'alliance, tu fais d'eux un seul corps dans l'Esprit. Viens renverser les murs qui nous séparent. Viens, Seigneur, viens nous sauver. »
23 décembre : « Ô Emmanuel, c'est toi qu'annonçait Isaïe. Fils de Dieu, pour toujours avec nous, tu vas naître du sein de Marie. Viens, tout est prêt, les temps sont accomplis. Viens, Seigneur, viens nous sauver. »
Ces antiennes sont composées de deux parties. La première reprend différents titres donnés à Jésus. Ces
titres et le commentaire qui les déploient sont des références explicites à l’Ancien Testament qui nous introduisent jour après jour au mystère de celui qui s’est incarné. Elles soulignent que Jésus est bien celui qui est venu accomplir les promesses de l’Ancien Testament : Ô Sagesse (cf. Si 24 et Sg 8, 25) ; Ô Adonaï et Chef de la maison d'Israël cf. Ex. 3, 1 – 5) ; Ô Rejeton de Jessé (cf. Is 11, 1 – 9) ; Ô Clef de la maison de David (cf. Is 22, 20 – 23) ; Ô Orient (cf. Ps 18/19, 5 – 6; Za 6, 12; Mal. 4,2; Lc I, 78) ; Ô Roi des nations (cf. Jr 10, 5 – 6; Ag 2, 8; Is 28, 16; Ps 117, 22) ; Ô Emmanuel (cf. Is 8, 3 –10; 33, 22ss.; Gn 49, 10)
Jour après jour, l’Église se tourne vers le Christ et le supplie de réaliser ses promesses, de permettre à son peuple de vivre dans l’alliance. A cette supplication, le Christ répond déjà. Sa réponse nous est donnée dans la liturgie, à l’intérieur même de notre prière. Elle est en effet contenue dans les antiennes : les titres ainsi donnés au messie forment un acrostiche : les premières lettres de chacun en commençant par le dernier, forment ces mots : « Ero cras », c'est-à-dire : « Je serai demain (parmi vous) ».
La seconde partie répète la même supplication : « Venez, venez », suivi d'une invocation qui varie avec chaque strophe.
En de début de notre semaine préparatoire, je ne peux m’empêcher de souligner avec ravissement la beauté éducatrice de la liturgie. En cette semaine qui précède la Nativité, elle met à notre disposition tout ce qui est nécessaire pour comprendre qui est le Sauveur attendu. Elle nous introduit à la Sagesse, elle nous initie à la Sagesse afin de nous conduire sur le chemin de la vie. Oui, faisons monter notre supplication : « Viens, Seigneur, viens nous sauver » et accueillons sa promesse : « Je serai demain parmi vous ».
Bonne préparation à la Nativité !
Père Nicolas Courtois, membre du Conseil
